01 août 2006

La Femme Algérienne

Article trouvé par Etoile:

Houria Mekrelouf : Bonjour, je suis membre du Rassemblement pour l’Algérie des Femmes démocrates (RAFD) et par ailleurs très active au sein de différents mouvements antiracistes. Ceci dit, je commencerai par dire qu’en Algérie le combat pour le droit à l’homosexualité est un combat “ supérieur ” dans le sens où les femmes se battent pour simplement être égales aux hommes. Le constat est effrayant, la société est construite sur la haine de l’autre et notamment sur la haine de la femme. “Les hommes vont au paradis à dos de femme” écrit Farda Mesaoudi, féministe algérienne.

Depuis 8 ans, nous comptons près de 100 000 morts (1 200 morts depuis la concorde civile du 13 juillet 1999). La violence contre les femmes comme à l’encontre de toute une partie de la population s’explique par le fait qu’au sein du FLN il y eut dès le départ collusion entre les islamistes et les conservateurs. Il faut se souvenir que la première constitution algérienne (promulguée au lendemain de la révolution) indique dans son article 2 que l’Islam est religion d’Etat. Donc dès 1963, le code de la nationalité fonde l’algérianité sur le droit du sol et de l’appartenance à l’Islam. Même si dans la Constitution il est écrit que l’égalité des droits entre les hommes et les femmes est avérée, l’article 9 (juste celui qui suit) rajoute qu’il ne faut rien faire qui soit contraire à la loi islamique, et notamment contraire à la Charria (ensemble de règles qui régit la vie des individus au quotidien). Ainsi, la première violence faite aux personnes est une violence d’Etat, une violence institutionnelle. Et c’est le point de départ de toutes les autres violences qui contrairement à ce qui est souvent dit n’ont pas commencé en 1992 après l’annulation du processus électoral.

Les groupes islamistes (je devrais plutôt dire fascistes) ont toujours existé et d’ailleurs ont toujours fait bon ménage avec l’ancien (et actuel) pouvoir. Cette alliance qui date du lendemain de la Révolution s’illustre par le fait qu’ils constituaient une force capable, toujours par la violence, de faire la sale besogne. Ainsi ces milices fascistes, ces groupuscules islamistes agissaient en véritables complices du pouvoir en place, en interdisant au sein des universités la tenue de comités autonomes d’étudiants, en interdisant aussi les activités culturelles, en brisant les grèves, bref en interdisant toutes expressions des forces de progrès. A la tête de ces groupuscules, on trouvait Marmou Norma. Celui-là même que les scènes européennes présentent comme l’incarnation d’un islam modéré, celui qui a recruté des jeunes volontaires puis s’est occupé de leur départ vers l’Afghanistan. Il n’y a pas d’islam modéré, il n’y a pas d’islamistes qui serviraient la démocratie.

Vers la fin des années 70, l’exécution au sabre d’un jeune militant de la cause libérale marque le début des exactions de ces groupes que l’on peut qualifier de fascistes. La surveillance nuit et jour ou parfois même le vitriolage de jeunes filles considérées comme étant trop occidentalisées ou soupçonnées d’avoir des mœurs trop légères n’avait rien d’extraordinaire. L’incendie de la maison d’une femme (dont le seul “crime” était de vivre seule avec ses enfants) au cours duquel ses enfants périrent illustre le régime de terreur que faisaient régner les islamistes. A cette époque, l’expression des déshérités, des intellectuels de gauche, des syndicalistes, de tous ceux qui aspiraient à plus de justice sociale étaient systématiquement réprimés par le parti unique (le FLN), ainsi que par les services de sécurité militaires et leurs complices, et les groupes islamistes. Dans le même temps, au sein de nombreuses mosquées du pays la voix de ceux qui formèrent les égorgeurs d’aujourd’hui s’élevait tous les vendredis. Ils fustigeaient une société occidentalisée qui selon eux s’était éloigné de Dieu. Ils fustigeaient les femmes, les communistes et les gens de progrès (ils affirmaient que les communistes avaient envoyé Satan sur terre). Ils appelaient un rejoindre l’islam, un islam politique radicalement différent de celui que les gens vivaient au quotidien, non violent. L’Etat et le FLN ont laissé faire les associations intégristes fondées sur la violence, le racisme et la haine des femmes. Associations interdisant l’exercice politique à toute personne qui justement aurait pu porter un contre-discours. Par ailleurs, depuis l’Indépendance l’école a été donnée aux islamistes originaires principalement d’Egypte (le Moyen-Orient s’étant débarrassé de tous ces perturbateurs) que le pouvoir algérien à accueilli. De la sorte se produisit une retraditionalisation (qui n’avait pas lieu d’être) de la société basée sur une arabisation médiocre et démagogique en opposition aux tenants de la modernité et du savoir universel. Le primaire et le secondaire entièrement investis par les fondamentalistes furent transformés en quelque chose ressemblant à des écoles coraniques où était servi un véritable matraquage idéologique.

L’année 1984 marque une nouvelle étape dans cette violence faite à la société et plus particulièrement aux femmes, avec la promulgation du code de la famille. La pression grandissante des islamistes a fait que le Président de l’époque a donné en cadeau aux islamistes ce code directement inspiré de la Charria (qui sévit en Arabie Saoudite, en Iran et les pays du Golfe). De fait, ce code institue la supériorité totale et absolue de l’homme sur la femme. Il institue la polygamie, la répudiation de l’épouse ainsi que l’inégalité des sexes dans le régime de la succession. La conclusion du mariage incombe au tuteur de la future épouse, ce qui signifie que la femme est considérée comme étant mineure à vie. Ainsi, la femme algérienne dépend toute sa vie de son père ou de son frère, puis de son mari, et en l’absence d’homme dans son entourage immédiat d’un juge. Cela signifie également qu’elle ne peut en aucune façon être responsable légale de ses propres enfants, le père (même divorcé) étant le seul à avoir autorité. Ensuite elle ne peut divorcer que dans des conditions humiliantes et difficiles à réunir puisque lorsqu’une femme demande le divorce, elle peut le faire, elle doit en réalité racheter sa liberté. Elle doit en effet verser une somme bien trop importante puisque même le fait de travailler est conditionné à l’accord du mari. Une femme ne peut travailler que si elle a l’aval de son mari. Ce code a entraîné la mise à la rue des femmes répudiées avec leurs enfants, puisque le domicile conjugal est dans l’écrasante majorité des cas octroyé au mari. L’article 19 de ce code de la Famille stipule que l’épouse est tenue d’obéir à son mari, l’article 31 fixe l’interdit absolu du mariage d’une musulmane avec un non-musulman, alors que le mariage mixte est autorisé pour l’homme. L’adoption est également interdite par l’article 46. Les articles 126 à 182, relatifs au régime de succession, présente une conception théologique de la famille dans laquelle un homme vaut deux femmes. Le code ignore le cas des femmes non-musulmanes pour lesquelles aucune part d’héritage n’est prévue.

La femme algérienne n’a en fait aucun droit. Et la lutte des femmes porte sur le droit le plus élémentaire qui soit, à savoir l’égalité de droit entre hommes et femmes. C’est une lutte menée comme un combat politique, une lutte acharnée contre une société rétrograde, une lutte contre l’Etat, contre le pouvoir, mais aussi contre les intégristes qui sont maintenant dans la rue puisque relâchés à l’occasion de la concorde civile initiée par Bouteflika. Il faut savoir que dans les maquis tenus par le GIA, des femmes et des jeunes filles ont été enlevées puis séquestrées, servant d’esclaves domestiques et sexuels, qui une fois enceintes étaient exécutées. Voilà ce que vivent aujourd'hui les algériennes. Suite à tous ces viols, tout ce qui s’est passé dans les villages, les femmes se sont constituées en associations de victimes et ont demandé à être reconnues comme victime de guerre. Ce à quoi l’Etat a répondu par la négative, argumentant qu’une femme qui a été violée l’a été par un musulman, il n’y avait donc pas de délit majeur (une fatwa a déclaré que les femmes bosniaques violées par des chrétiens pouvaient avorter et être considérées comme victime de guerre), alors que les islamistes qui ont participé aux exactions sont aujourd’hui indemnisés, ainsi que leurs familles.

X : Dans le cadre de cette violence subie par les femmes, comment les lesbiennes peuvent apparaître ?

Houria Mekrelouf : Quant on parle aux militantes féministes ou aux femmes algériennes des lesbiennes et du droit à l’homosexualité, les réactions montrent que nous sommes bien loin de ces préoccupations. La situation de la femme algérienne est actuellement celle-ci, et lorsque l’égalité des droits sera une réalité (car tel est l’objectif des démocrates et des femmes qui sont à la pointe du combat démocratique), nous pourrons voir des femmes homosexuelles se constituer en association. Ce combat pourra faire évoluer la cause d’autres combats.

pour en savoir plus: http://www.france.qrd.org/assocs/ueh/essais/hist/index.php?page=trans2000_04_04

Posté par LGB algeriens à 13:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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